
le 01/02/2008
Jeudi, départ à 8h00 avec pour objectif d’atteindre Neiden dans la journée. Stéphane rejoint le village norvégien dans l’après-midi : « j’ai été dans la seule petite auberge du village. Je mourrais d’envie de faire un vrai repas et de prendre une douche ! »
Pendant le repas, Stéphane discute avec les villageois et les trappeurs du village. Ils lui confirment ses craintes : l’hiver n’a pas été très froid. La température moyenne est restée aux alentours de -15°C, contre -30°C pour un hiver très froid. Bref, le fjord n’est pas gelé à Neiden et dans ses environs. La situation est peut-être différente lorsqu’on se rapproche de la mer de Barents, mais les trappeurs ne peuvent pas renseigner Stéphane car ils n’ont pas été aussi loin. Passer par le fjord étant exclu, il ne reste que deux possibilités : « soit je fais demi-tour pour trouver des pistes qui me mèneront jusqu’à Nuorgam par les terres sans passer à côté du fjord, soit j’emprunte la route qui longe le fjord ». Stéphane opte pour la seconde possibilité, en espérant que le fjord devienne praticable un peu plus loin.
Plus proche du hameau que du véritable village, Neiden est dépourvu de commerce. Stéphane n’a donc pas pu s’y procurer des vivres. Sans être critique, la situation est un peu tendue car il ne lui reste que sept jours de nourriture pour arriver à Nuorgam, située à un peu plus de 100 km d’ici…
Vendredi matin, revêtu d’un gilet réfléchissant donné par les villageois afin qu’il reste visible, Stéphane chausse ses skis et part à l’assaut de la route. « La météo n’était pas terrible : encore une journée blanche à visibilité réduite avec des chutes de neige. Heureusement, la route n’est pas très fréquentée. J’ai du croiser une douzaine de véhicules dans la journée.» Pas question de laisser Taïga tirer sa pulka sur une route où un véhicule peut surgir à tout moment : « je la tient attachée afin de la canaliser et je tracte les deux pulka, attachées en file indienne. J’avance plutôt bien, même si passer par une route me fait un peu mal au cœur. Mais je ne peux pas faire autrement pour l’instant. »
Stéphane estime qu’il doit continuer à progresser sur la route pendant une trentaine de kilomètres : « ensuite, il est possible que le fjord devienne praticable. Je vais donc essayer d’avancer le plus rapidement possible sur la route. Comme je ne peux pas monter de camp, j’ai décidé de dormir dans des gros tubes en béton, posés sur le bas-côté. Ils doivent servir à faire des canalisations… mais pour ce soir, ils me fourniront un bon abri. Autre avantage, je ne perdrai pas de temps demain matin pour démonter le camp.» Pourquoi pas. Car après sa nuit à la belle étoile par -25°C, Stéphane ne semble plus craindre grand-chose !
Si le moral n’est pas au beau fixe, Stéphane reste optimiste : « ce qui m’ennuierait vraiment, c’est d’avoir à laisser mes skis pour prendre un bus pour progresser. Je veux rester dans l’aventure et profiter au maximum de l’expédition. Et puis, le paysage est magnifique. Il a beaucoup changé depuis 50 kilomètres. Je suis maintenant entouré de collines peu enneigées, perdues dans la toundra. Cela donne une impression d’immensité et c’est grandiose, même si le temps est mauvais. Avec un peu de chance, j’aurai demain une belle journée et je pourrai profiter du paysage. »