

Garmin apporte son soutien logistique et met son savoir-faire au service de l'expédition Blue Fin Tuna, une campagne de pêche au thon destinée à constater le bon renouvellement de la population dans cette zone de l'Atlantique Nord.

Dans les années 1920 – 1930, le nord de l'Angleterre et l'Ecosse étaient des zones particulièrement actives dans la pêche au thon. Les thons suivaient les migrations des maquereaux, sardines, harengs et autres lançons qui abondaient autrefois dans cette région située au nord de l'Europe. Cette zone est connue pour son climat doux et pluvieux engendré par la dérive Nord-Atlantique, elle-même issue du très célèbre Gulf Stream. Le long de cette vaste région, le conflit entre les eaux froides et riches en oxygène en provenance du cercle polaire, avec les eaux chaudes de la dérive Nord-Atlantique, produit une explosion de la chaîne alimentaire. Si le thon a été surexploité au cours des vingt dernières années, certaines études récentes ainsi que certains changements climatiques montrent une renaissance encourageante de la population de thons dans cette zone de l'Atlantique Nord. Celle-ci est d'autant plus visible que de nombreux efforts de conservation ont été observés en Atlantique Ouest.
Le Nord-Ouest de l'Ecosse dispose de tous les facteurs pour permettre au thon de revenir dans le détroit de Minch comme aux siècles précédents. La profondeur moyenne des eaux y est de 50 à 150 mètres et les fonds y sont variés : roches, bancs de sable, pinacles, tombants balayés par des courants rapides. Dans cette zone, les proies sont abondantes et la faune aquatique offre une grande diversité : baleines de Mink, globicéphales, orques, dauphins, marsouins ou bien encore phoques gris y ont été recensés. Cette région est également vide de toute activité de pêche commerciale lourde en raison de zones de manœuvres militaires. La pêche sportive y est autorisée dans tout le Minch Channel. Les espèces les plus communes sont le lieu jaune, le lieu noir, le cabillaud, la lingue (julienne) et le bar, mais aussi le requin-taupe commun ou le requin bleu.

Notre expédition au thon rouge en Ecosse débutera à la mi-Juin et se terminera fin Octobre. Durant cette campagne, nous avons souhaité pouvoir pêcher au moins 10 jours par mois dans les conditions météorologiques les plus favorables.
Le défi a été relevé par deux hommes déterminés. Barry Larsen originaire d'Inverness (Ecosse) et propriétaire d'un Rodman 1250 sportfisher de 40 pieds. Barry est à la fois un navigateur accompli, un célèbre skipper et un entrepreneur bien connu dans le milieu de l'hôtellerie qui adore la pêche sportive. Et puis il y a moi-même, Bertrand Picarda. J'ai de nombreuses années d'expérience dans la pêche au gros en général, et plusieurs résultats dans des compétitions de pêche au thon rouge en Méditerranée de 1998 à 2003, avec notamment deux titres de Champion de France en 2001 et 2002. Ma connaissance de l'électronique de navigation, l'utilisation de sondeurs de pêche et mon poste actuel chez Airmar donnent à notre petite équipe tous les atouts nécessaires pour prouver que nous pouvons cibler les thons rouges en Ecosse.
Dans notre aventure, nous serons assistés par un ancien capitaine de la marine marchande à la retraite et par une équipe de pêcheurs désireux de capturer quelques spécimens de thons écossais.

De gauche à droite : Bertrand Picarda et Barry Larsen.
Le bateau : Rodman 1250 avec bi-motorisation Volvo 480CV
Assez gros pour supporter le mauvais temps, ce bateau à la fois rapide et stable offre une large plate-forme de pêche. Le Rodman 1250 a l'apparence d'un sportfisher européen moderne et ne dépareille pas dans cet endroit. Une coque étincelante, des moteurs récents et parfaitement entretenus, le Rodman 1250 dispose également de tout le matériel de sécurité nécessaire à bord. Il peut accueillir jusqu'à 6 personnes en même temps sans aucun problème.

En passant par le Loch Ness...
Notre campagne s'achèvera fin Octobre avec un retour au port prévu à Inverness en passant par le canal Calédonien et le célèbre Loch Ness. Pendant trois jours, nous scruterons les fonds sous-marins autour du château et enregistrerons tout ce que nous pourrons voir sur ses fonds et la faune qu'il abrite. Personne n'a encore jamais utilisé de sondeur à technologie CHIRP sur le Loch Ness et personne n'a vraiment eu l'occasion de voir à quoi pouvaient ressembler les fonds en dehors de quelques très lourdes campagnes scientifiques.
Le but ici n'est pas de trouver Nessie, mais simplement de révéler les structures immergées et les poissons du Loch. Nous en profiterons pour inviter quelques journalistes afin de les faire participer à l'aventure. Ils seront logés à l'hôtel de Barry, le Glenmoriston Town House.
L'utilisation de la technologie CHIRP ne revêt pas seulement un intérêt pour la seule presse spécialisée, mais aussi pour toute la presse grand public. Qui sait sur quoi on pourrait tomber ?

Vue des côtes écossaises.
De la théorie à la pratique : histoire d'un défi pas si simple que prévu
Lorsque nous avons décidé de rééquiper entièrement le bateau de Barry avec la plus avancée des technologies AIRMAR (sonde CHIRP) en association avec le dernier né des sondeurs Garmin (GSD 26), nous ne savions pas encore que cela relèverait d'un véritable défi.

Au regard de ce qui se fait en Europe, un bateau de pêche au gros est déjà tout à fait unique, mais quand ce bateau mesure plus de 40', cela devient vraiment exceptionnel sur ce marché. Naturellement avec ce genre de bateau, on pouvait s'attendre à disposer de toute la place nécessaire pour installer notre sonde au meilleur emplacement afin de garantir des résultats optimums.

Alors que le « Keep It Reel » était en cale sèche au port de plaisance d'Inverness par un jour sombre, froid et venteux, je pensais que mon sens du jugement avait été affecté par la météo de la mer du Nord et que les lignes de la coque n'avaient rien à voir avec le problème auquel nous avons été confronté.

La coque du Rodman 1250 est en V profond avec une inclinaison de 20°. Elle est dotée de deux bouchains courant le long des côtés, d'un propulseur d'étrave, de tunnels pour les hélices, de stabilisateurs latéraux, d'entrées d'eaux pour le refroidissement des moteurs. Alors que je regardais où avait été installé la sonde précédente, je compris pourquoi les performances n'étaient pas à la hauteur – la sonde avait été installée dans un endroit facile d'accès, mais pas là où elle aurait pu offrir les meilleures performances.

A notre arrivée au port, notre première mission consistait à supprimer les anciens capteurs et à reboucher tous les trous à l'aide de fibre de verre et de colle époxyde, afin de repartir sur une base propre.
A cause du manque d'espace à l'intérieur de la salle des machines (renforts de coque divers), nous ne pouvions pas opter pour la solution que nous avions prévu initialement, à savoir une sonde R111LM en caisson interne. Il n'y avait tout simplement pas d'espace pour adapter le caisson à la forme de la coque à cause des réservoirs de gazoil, du système de refroidissement du moteur, du berceau moteur, des pompes et tuyaux divers. C'est un peu dommage car la coque ne mesurait pas plus de 10mm d'épaisseur et était d'une grande qualité de fabrication.

Sur les côtés extérieurs du moteur, il y a des feuilles de plomb entre les couches de fibre de verre qui jouent le rôle de ballast et de stabilisateur. Ce n'est de toute façon pas l'emplacement idéal car trop éloigné de la quille. Au centre du bateau ? Impossible. La coque y est trop épaisse et il n'y a pas accès à cause des moteurs et autres installations mécaniques.

Cet emplacement n'est pas optimal car il est situé un peu trop sur l'avant et pas assez profond, mais j'étais sûr qu'il nous permettrait d'obtenir d'excellentes performances à vitesse lente et modérée puisque le point de déjauge est situé plus en avant.

Après avoir pris les mesures de la coque et de son inclinaison, nous avons découpé le sabot dans le sens de la longueur pour qu'il s'adapte parfaitement à l'angle de la coque.

La première étape consistait à installer le sabot et à monter le passe coque à travers la coque afin d'y faire passer le câble de sonde.

Après avoir appliqué une généreuse couche de mastic étanche, nous avons boulonné le sabot à la coque.

La sonde a alors été fixée au sabot après avoir pris soin d'appliquer une couche de mastic entre les deux éléments. Sur la photo, on peut voir que le mastic déborde de tous les côtés. C'est le signe d'une bonne étanchéité.

Nous décidons de laisser le mastic sécher avant de couper les excédents et de peindre le carénage et les côtés de la sonde avec de la peinture de coque. Sur cette photo, on remarque que la partie supérieure du sabot qui sert à sécuriser l'installation a dû être coupée en deux à cause du manque de place.
La première partie a été fixée juste en dessous du moteur tandis que la seconde partie fut installée sous le réservoir. Le compartiment moteur nous est apparu tout petit alors que nous nous plions en quatre à la recherche de la meilleure position pour serrer nos vis et nos boulons.
Nous n'avons rencontré aucun problème particulier lors du perçage du trou pour passer le câble. Une fois tout bien serré, l'installation de la R109LM était enfin terminée.
La sonde est parfaitement verticale et située dans un flux d'eau calme, abrité des perturbations créées par les propulseurs d'étrave, les bouchains et des interférences créés par les stabilisateurs.
En complément de la R109LM, nous avons également choisi d'installer une sonde traversante dite « affleurante » à compensation d'angle. Nous souhaitons en effet profiter de notre expédition pour tester un nouveau prototype de sonde CHIRP à faisceau large (B175W). Dans ce type de sonde, la céramique est inclinée pour compenser l'inclinaison de la coque et orienter le signal verticalement. Les avantages de ce type de sonde sont nombreux, y compris le fait qu'elle ne nécessite aucun sabot et que la sonde ne forme pas de saillie avec la coque. La seule contrainte est de s'assurer que l'emplacement sélectionné se situe bien dans un flux d'eau à l'abris des perturbations (comme pour n'importe quel capteur).

Encore une fois, nous n'avons pas pu installer cette sonde à l'emplacement optimal en raison des moteurs et des installations intérieures. Par conséquent, nous avons installé cette sonde parallèlement à la R109LM, sur le côté opposé de la coque.

Nous avons percé la coque à l'aide d'une scie cloche et avons appliqué du mastic d'étanchéité à l'intérieur et à l'extérieur de la coque, sur l'entretoise ainsi que sur la rondelle. Enfin, nous avons pu glisser le prototype de la sonde CHIRP à large faisceau B175W et la fixer à la coque.

Le dessus de la sonde est doté d'une flèche. Sur les sondes à compensation de coque, celle-ci doit toujours être orientée vers la quille afin de fournir le meilleur alignement des éléments et offrir les meilleures performances.
Les câbles des sondes ont été tirés jusqu'à la timonerie en ayant pris soin de les éloigner des autres câbles électriques et en prenant soin de ne pas les endommager. Ce travail a été long et fastidieux car les tunnels étaient obturés au silicone. Cela a rendu le passage des câbles très compliqué. Les deux sondes ont ensuite été reliées au module GSD 26 en connectant les fils au bornier.

Deux grosses anodes séparées ont été ajoutées à l'installation. L'une d'elle est dédiée à la mise à la terre de tous les appareils électroniques afin d'éviter le moindre parasite sur la ligne de sonde. Ceci est primordial afin d'obtenir un signal clair et éviter tout bruit électrique, ce qui joue énormément sur la sensibilité du sondeur.

Sur le tableau électrique, nous avons consacré une alimentation spécifique pour le module sondeur et les sondes, toujours dans le but de minimiser le bruit électrique et d'être sur d'avoir la meilleure installation électrique possible.
Dans l'ensemble, il nous aura fallu deux jours pour démonter les anciennes sondes, reboucher les trous et installer les nouvelles sondes CHIRP. Sur un bateau neuf, ce type d'installation n'aurait pas pris plus de 4 heures.
Malgré quelques contretemps et quelques défis techniques, nous avons quand même trouvé la solution idéale. Cela montre qu'il est toujours possible de procéder au refit d'un bateau quelle que soit sa configuration grâce aux sondes AIRMAR, disponibles sous plusieurs formes.
Le bateau vient d'être remis à l'eau pour effectuer quelques tests. A la mise en marche des moteurs, les écrans sondeur sont restés aussi clairs que de l'eau de roche jusqu'à 25 nœuds – validant une fois de plus le choix du bon emplacement et la qualité de notre installation.
Merci à Barry pour nous avoir laissé percer des trous partout sur son bateau, à Ali pour le travail de découpe et l'époxyde ainsi qu'à David pour le câblage électrique !

Barry a attendu la bonne fenêtre météo plus d'une semaine avant d'appareiller pour la zone de pêche du détroit de Minch. Le bateau était fin prêt pour le voyage. Vous pouvez d'ailleurs apercevoir les tangons Rupp qui ont été ajoutés récemment.

Alors que la météo s'est enfin améliorée et que le vent est tombé, nous avons enfin pu quitter Inverness au Nord de l'Ecosse et mis le cap sur Gairloch côté Atlantique. Ce premier trajet de 10 heures est pour nous l'occasion de passer en revue l'ensemble des appareils électroniques Garmin installés à bord du Keep It Reel et de se familiariser avec le système de navigation et le sondeur.

Poste de barre principal du Keep It Reel
Nous devons admettre que le look des produits Garmin est fantastique et donne un rendu incomparable une fois installés. L'ensemble des écrans, répétiteurs et des instruments est connecté au réseau Garmin Network™, afin de créer un véritable système de navigation embarqué. Tous les appareils peuvent ainsi recevoir et partager toutes les informations de navigation.
Au total, le Keep It Reel est doté de 4 écrans :
• 2 écrans multifonctions tactiles de 12'' (GPSMAP 720) au niveau du poste de barre principal
• 1 autre GPSMAP 7012 au flybridge
• 1 écran multifonctions de 8'' (GPSMAP 6008) sur le pont arrière
Nous avons apporté une petite modification à la console du poste de barre principale afin de disposer les écrans de la meilleure façon et maximiser le confort de lecture.
Sur la photo, le matériel n'est pas utilisé et les appareils sont protégés par leurs capots de protection.
Ces 2 écrans sont connectés indépendamment à 2 modules sondeur GSD™ 26 dotés de la technologie SPREAD SPECTRUM, afin que nous puissions afficher simultanément les fréquences hautes, moyennes et basses. Ces derniers sont connectés aux sondes AIRMAR à technologie CHIRP. Nous reviendrons plus tard sur le module GSD™ 26 afin d'expliquer comment il fonctionne et tout l'intérêt qu'il offre pour la pêche sportive.

En complément de ces écrans, nous avons également installé des afficheurs multifonctions GMI™ 10, qui nous permettront de répéter les données de la station météo Airmar PB200 et du récepteur GPS Garmin GPS 17x, ainsi qu'un contrôleur de pilote GHC™ 10 qui nous permettra de gérer le pilote automatique GHP™ 12.

Une VHF 300i AIS ainsi qu'un radar poutre GMR™ 606xHD de 6KW viennent compléter la liste des équipements Garmin. Ce radar offre un faisceau étroit et nous sera utile pour repérer les oiseaux en train de chasser. Son efficacité sera abordée plus tard au cours de notre expédition.
Schéma d'installation du réseau et liste de référence des équipements Garmin :

Il convient d'admettre que le paramétrage des appareils Garmin s'est fait en un clin d'œil. Grâce au NMEA 2000, l'ensemble des appareils connectés au réseau communique les uns avec les autres. Le radar fonctionne parfaitement et l'overlay cartographique nous permettra d'appréhender l'environnement proche de notre position lorsque les conditions deviendront difficiles. L'installation a été réalisée soigneusement. Il n'y a aucune interférence qui affecte la position et le maintien de cap. La station-météo PB200 fournit des données de navigation (position GPS, vent vrai, vent apparent, pression barométrique, cap, gîte et roulis, température de l'air…) Elle nous sera indispensable pour surveiller les conditions météorologiques en temps réel. Nous verrons prochainement l'intérêt de garder une trace des données météorologiques pour la pêche.

Malgré un ciel gris, la mer était belle. Alors que l'on passait au près de Fort George, nous atteignions notre vitesse de croisière de 20 nœuds.

Nous avons même eu droit à un beau rayon de soleil pendant un certain temps. Mais cela n'a pas duré. Au fur et à mesure que nous faisions route au nord, la mer forcissait et nous prenions la houle de plein fouet. Le Rodman a néanmoins pu maintenir sa vitesse sans une seule goutte d'eau sur le pare-brise.

Sous pilote, le sillage était parfaitement droit, malgré un fort courant latéral et des rafales de vent irrégulières. La correction de cap était minime. Cela nous a aidé à économiser du carburant et nous a permis de gagner du temps sur la traversée.

À 20 nœuds, les deux écrans sondeur étaient parfaitement clairs, sans parasite et sans interférence. Une installation digne des plus grands professionnels !

Il est important de préciser que nous avons ce rendu grâce aux réglages automatiques. Aucun réglage manuel n'a été opéré. Alors que la mer devenait mauvaise, nous avons réduit notre vitesse de navigation et atteint notre mouillage à Gairloch en 11 heures.

A très vite pour la première journée de pêche et l'exploration du Minch Channel!

Le trajet d'Inverness à Gairloch nous emmène d'une côte à l'autre en traversant les paysages les plus pittoresques d'Ecosse : les Highlands. Cette nature est soigneusement protégée depuis plusieurs générations par des habitants désireux de préserver leur environnement.

Après quelques virages serrés sur une route très étroite, nous arrivons finalement en soirée à la cale de Badachro située de l'autre côté de la baie de Gairloch. A part quelques voitures sur le parking, il semble qu'ici le temps se soit arrêté depuis des siècles.

A Badachro, les 4x4 sont plus nombreux que les moutons et surtout parfaitement adaptés aux exigences d'un climat rude et aux conditions routières locales.

Le Badachro Pub situé face à la mer, offre un accueil chaleureux à tous les visiteurs, aux familles locales et aux clients réguliers. Se rendre au pub après une journée de travail est un des aspects de la vie sociale en Ecosse. Les habitants échangent sur les nouvelles du moment, y rencontrent des amis, se détendent et parlent de la météo tout en regardant vers la baie.

Je ne sais pas pourquoi, la chanson d'Otis Redding "Sitting on the dock of the bay" me vint à l'esprit, tout en admirant le paysage. Les chiens jouaient avec des bouts de bois que les enfants leur lançaient pendant que les parents profitaient d'un rayon de soleil dans ce ciel gris de cette fin d'après-midi. On aurait pu se croire dans le sud de la Bretagne s'il n'y faisait pas aussi froid….

Une petite cale en pavés et un bateau de pêche du coin dressé fièrement sur sa quille à marée basse, donnaient une touche finale à l'authenticité de l'image. Dans la baie, le Keep It Reel était tranquillement amarré derrière une petite île. Pour l'amateur de pêche au gros, la vision d'un bateau de pêche sportive avec tangons et cannes de 130s au râtelier dans un tel cadre et une vision assez irréelle.

Étonnamment, le climat ici est plus doux qu'à Inverness situé sur la côte Est, si bien que j'ai pu retirer ma veste polaire. L'eau est incroyablement claire et j'aperçois un saumon qui attend la marée pour remonter la rivière qui alimente la baie de Badachro. Il y a plusieurs autres bateaux amarrés près de celui de Barry. Des voiliers en escale, des bateaux locaux ainsi que quelques vedettes motorisées appartenant à d'anciens hommes d'affaires venus prendre leur retraite ici pour trouver paix et tranquillité, loin de Londres. Si vous voulez vous retirer de l'agitation du monde moderne, Badachro est l'endroit rêvé où se réfugier.

Nous avons déchargé la voiture, déposé tout notre équipement dans la barque avant d'attendre que la marée remonte pour rejoindre le bateau. La première chose que j'ai faite en montant à bord fut de mettre en route tous les appareils électroniques du poste de barre principal, tandis que Barry lui, préparait le café.

Alors que les deux sondeurs étaient allumés en même temps, j'augmentais le gain à son maximum - 99% - en ayant pris soin de désactiver tous les filtres. J'ai remarqué l'apparition de parasites à partir de 80%. Moteurs allumés, c'était pire. Et pire encore lorsque l'on à mis le générateur en route pour maintenir la charge des batteries qui alimentent le chauffage.
Pour vérifier la qualité de votre installation, faites la même chose : mettez les moteurs en marche, allumez tous vos appareils électriques et poussez le gain au maximum en désactivant les filtres un à un, afin de voir à partir que quel moment le parasitage apparait. Généralement la plupart des utilisateurs ne verront pas la différence car les filtres du sondeur sont activés (également appelés réducteurs de bruit) et ils n'utilisent rarement le gain au-delà de 80%. Personnellement, je trouve que ces filtres ont la plupart du temps tendance à réduire les retours des échos et grossissent les cibles.

Si vous constatez du bruit sur votre écran, vérifiez la mise à la terre des équipements. Dave qui a réalisé l'installation a choisi de connecter l'armoire électrique à l'anode en utilisant un câble coaxial car ce type de câble est doté d'un blindage extérieur qui empêche tout bruit électromagnétique de se propager vers les céramiques.

Après avoir procédé à la modification de la mise à la terre, j'ai effectué le même test. Le résultat était parfait ! L'affichage était encore bien visible même dans les eaux peu profondes avec 99% de gain !

Au mouillage, la détection était tout à fait incroyable : Peu de profondeur, température basse, fonds vaseux, des algues et du courant dû à la marée. L'eau était pleine de petites méduses, d'algues flottantes et de petits poissons nageant près du fond. Lorsque le gain est activé au maximum, vous pouvez même apercevoir les nuages de plancton tourner sous le bateau, que les méduses filtrent. Juste au-dessus du fond, on peut apercevoir un banc de petits poissons (petits lieus noirs d'à peine plus de 5 cm de long) évoluant près du fond (arches inversées regroupées au-dessus du fond).

C'était tout simplement incroyable de visualiser tout çà grâce aux moyennes fréquences (80 à 130 KHz) de la sonde CHIRP Airmar R109LM. Si nous pouvons obtenir une aussi bonne détection dans ces conditions, je vous laisse imaginer ce que cela sera dans des eaux plus profondes. Je dois dire que le module sondeur GSD 26 de Garmin propose des fonctionnalités impressionnantes, que l'on ne trouvait jusqu'à présent que sur les sondeurs de qualité professionnelle. Je m'attarderai plus longuement sur les fonctionnalités les plus importantes et vous expliquerai comment améliorer le rendu du sondeur en peaufinant les réglages d'ici quelques jours.
L'excellente lisibilité du sondeur est également due à la technologie CHIRP qui génère naturellement moins de bruit qu'un sondeur traditionnel et au faible rapport signal/bruit (Q) des sondes CHIRP Airmar. Plus la valeur du Q est faible, moins il y aura de parasites à l'écran. Pour plus d'explications sur ce paramètre et comprendre ce en quoi il influence le résultat final, consultez ce document sur le site Airmar– en anglais. Pour nous, il est primordial de n'avoir aucun bruit sur l'ensemble de l'installation sondeur car je vais devoir utiliser le gain au maximum de ce qu'il est possible afin de détecter tout ce que l'on pourra et ainsi comprendre où peuvent se trouver les prédateurs. Le bruit diminue la sensibilité et charge l'écran de signaux indésirables. En diminuant le gain, on supprime le bruit, mais on réduit d'autant la qualité de la détection.

Au final, j'avais enfin trouvé les bons réglages pour le module sondeur GSD 26. Il était maintenant l'heure de l'apéro. J'ai fait quelques sashimis d'un poisson capturé sous le bateau assaisonnés d'une sauce à l'influence britannique (Worcester), française (sel et ail) et asiatique (soja et wasabi). Tout l'équipage a apprécié et nous avons veillé tard dans la nuit à faire des plans et rêver à la capture de gros spécimens.
Nos rêves se réaliseront-ils ? Pour le savoir, retrouvez-nous vite pour connaître le déroulement de nos premiers jours dans le Minch Channel.
En raison du mauvais temps, nous avons dû attendre que le vent baisse et sommes restés au mouillage plusieurs jours. Malheureusement, le vent venait du nord, poussant avec lui les eaux froides de l'Atlantique Nord. La Dérive Nord-Atlantique et ses eaux chaudes étaient encore beaucoup trop bas dans l'océan, bien au-delà des îles Hébrides extérieures. Le capteur de température indiquait 11°C seulement, alors qu'à cette époque de l'année l'eau devrait pourtant se situer aux alentours des 13 ou 14 °C. Par cette température, les proies restaient au plus profond. Partout où nous regardions, nous trouvions des appâts en nombre, mais aucun signe d'activité en surface ou dans l'eau.
Nous avons décidé de nous passer de leurres pour notre première sortie, afin de prospecter les fonds et approfondir notre connaissance de la zone. Alors que le Keep it Reel quittait son mouillage, nous regardions ce ciel gris et froid, en espérant croiser la route de quelques gros spécimens sur notre chemin.
Nous n'étions même pas sortis de la baie de Gairloch qu'il y avait déjà des tonnes d'appâts (maquereaux) près du fond et des guillemots nageant en surface. Ces oiseaux de mer sont incroyables, ils peuvent plonger jusqu'à 80 mètres et voler dans l'eau pour attraper les poissons. Au début, nous nous demandions vraiment à quoi pouvaient correspondre ces échos un peu bizarres jusqu'à ce que nous réalisions qu'il s'agissait de guillemots. Le sondeur indiquait très bien leur présence car leurs poumons sont remplis d'air et que l'air emprisonné dans leurs plumes est évacué par la pression de l'eau au fur et à mesure qu'ils plongent de plus en plus profond.

Guillemots en train de chasser

Guillemots en train de chasser
Nous sommes allés jusqu'au phare où l'on pouvait apercevoir un important courant de surface. Nous avons lancé quelques lignes dans le but d'attraper quelques petits lieus afin d'avoir quelques appâts vivants au cas où. Barry a poussé les manettes des gaz et avons atteint notre vitesse de croisière à 20 nœuds en direction de l'Ouest.
Même à cette vitesse, le suivi du fond était clair et parfaitement détaillé, vous pouvez visualiser la vidéo ici

Alors que nous atteignions les 100 mètres de fond, nous avons réduit notre vitesse et mis nos leurres à l'eau. Nous avons décidé d'opter pour le leurre Orion Tropic 200 orange avec un dos noir qui ressemble à un lieu jaune et un autre leurre au dos bleu et au ventre blanc de la même taille. Nous avons lancé les leurres au sommet des vagues générées par le bateau. Ces leurres de surface peuvent être traînés jusqu'à 7 nœuds, ils ont une nage d'action rapide avec des roulis latéraux erratiques qui font généralement monter les poissons d'assez loin. Une paire d'hameçons Legend Hays 10/0 montés en « assists » viennent compléter le montage. Nous avons mis le levier du frein du Penn 130 avec 50 livres de frein à la touche, tandis que les marques suivantes étaient à 60 et 70 livres pour le combat. Ce type d'ensemble a déjà permis de capturer de nombreux gros spécimens de thons toutes espèces confondues dans toutes les eaux de la planète et permet d'explorer de nouveaux terrains de chasse.

C'est à ce moment là que nous avions compris ce que voulais dire être seul au monde. Il n'y avait tout simplement personne autour de nous, aucun bateau à l'horizon. Barry indiquait brièvement la direction de l'île de Saint-Kilda, la dernière terre avant les Amériques ... célèbre pour être la zone de nidification de fous de Bassan la plus importante de toute l'Europe. Cette île est aussi célèbre pour baigner dans une des mers les plus agitée du globe. L'eau était encore froide et les proies bien au fond, la houle était importante (2,5 mètres), mais stable.
Nous avons mémorisé la position de structures intéressantes et de tombants à différentes profondeurs (voir capture d'écran sur la gauche), de pinacles, de fonds rocailleux et/ou sablonneux. Les thermoclines n'étaient pas bien définies en raison de la force du courant, mais nous arrivions quand même à apercevoir les boulles de plancton en augmentant le gain sur le module sondeur GSD 26.

Boules de plancton
Nous avons poursuivi le long de ces courbes bathymétrique et tourné autour d'un banc d'appâts qui nageait entre deux eaux, jusqu'à ce que l'excitation gagne le cockpit. "Cible sur l'écran!" s'est écrié Bary. J'ai tout de suite marqué l'endroit d'un waypoint et sauvegardé la capture d'écran en mémoire. La manipulation était simple et rapide grâce à l'écran tactile. Deux grands arcs rouges juste au-dessus du fond nettement séparés les uns des autres se tenaient à proximité de plus petits. Que pouvaient-ils être? Nous avons tout de suite pensé au thon ... mais pouvait-il s'agir d'autre chose ?

Alors ? Thon ou pas thon ?

Nous avons rencontré quelques grands requins-taupes dans la même zone (ils ressemblent à des makos) ainsi que des espadons xiphias, mais à notre connaissance ceux-ci ne nagent pas souvent ensemble. En fait, dans les eaux peu profondes, nous avons repéré un seul arc poisson de belle dimension posé au-dessus du fond. Cela devait probablement être un requin solitaire (voir capture d'écran à gauche).
A cette profondeur, les cibles que nous voyions ne pouvaient pas être dues à des poissons de moins de 200kg. Nous n'avions aperçu aucun dauphin aux alentours, ni aucun autre mammifère marins. Il ne pouvait s'agir non plus d'une baleine car les échos auraient été beaucoup plus importants. Par conséquent, même s'ils apparaissent tout petits, ces cibles ne pouvaient être que des gros poissons. Vous devez toujours garder à l'esprit que les sondeurs à modulation de fréquence (comme c'est le cas pour le GSD 26) ont tendance à afficher des échos plus petits que les sondeurs classiques à fréquence fixe. Nous avons pu les repérer grâce au prototype de sonde haute fréquence à faisceau large (170 à 210 KHz) par 70m de fond et un gain de 91% (lorsque vous utilisez une sonde à faisceau large, il faut toujours forcer un peu plus sur le gain).
Alors que nous revenions sur la dernière position où nous avions repéré des poissons, toutes les cibles avaient disparu... L'excitation montait… En regardant le sillage que nous venions de tracer, nous nous demandions où pouvaient bien se cacher ces thons rouges, jusqu'alors insaisissables.
Toujours bredouilles, nous nous sommes donc aventurés au plus près d'un courant de surface que l'on pouvait apercevoir à l'œil nu. Le capteur de température intégré à la sonde R109LM a immédiatement enregistré une différence de 1°. Là encore, il pouvait être intéressant de prospecter la zone.
Alors que nous progressions le long de cette ligne d'eau à une vitesse de 5 nœuds, nous avons remarqué quelques tâches huileuses en surface, comme on peut le voir lorsque certains poissons sont attaqués par des prédateurs... Quelques fous de Bassan survolaient la zone. Il était évidant qu'ils avaient été témoin de quelque chose avant notre arrivée. Plus le temps passait et plus il y avait de guillemots et d'imposant bancs d'appâts près du fond.

Cette fois encore nous avons pu noter la présence de gros poissons au dessus des appâts. Ceux-ci étaient plus petits que les précédents, mais cela se justifiait aussi en partie à cause de la profondeur à laquelle nous étions. Ce qui est sur c'est qu'il ne s'agissait pas de morue, de lingue ou de lieus jaunes car les arcs poissons étaient trop gros. Pour mémoriser cette image, nous avons du manœuvrer. Ce faisant nous avons traversé notre sillage, ce qui explique le décrochage que l'on peut voir sur l'écran du GPSMAP 7012. A ce moment précis, l'envie de descendre un vif sur ces marques de poissons ou de "brouméger" de la sardine ou du hareng nous démangeait, mais nos recherches restaient infructueuses.
Nous avons donc décidé de continuer notre prospection à partir de l'écran multifonctions afin de repérer sur notre carte BlueChart les caractéristiques de spots à thon potentiels. Nous avons trouvé un joli tombant partant de -80m à -117m et avons décidé de zig zaguer le long de cette corniche. Nous étions sûrs de pouvoir y trouver quelque chose… Effectivement, nous y avons trouvé une couche de plancton riche en krill et en petites proies.

Nous n'arrivions pas à croire ce qu'indiquait notre GSD 26. Il avait repéré quelques grosses cibles se tenant au dessus du fond. Les poissons évoluaient dans cette eau riche en plancton, et se nourrissaient de petites proies, probablement des calmars.
Lors de nos recherches précédentes et des conversations que nous pouvions avoir eu avec des scientifiques et autres experts sur les thons, nous savions que les thons rouges pouvaient être présents dans une zone et ne jamais être visibles à la surface si la nourriture était suffisante au fond de l'eau.
Le thon n'est pas un animal à sang chaud, mais son métabolisme particulier lui permet de garder une température corporelle plus élevée que la température de l'eau dans laquelle il évolue. Lorsqu'ils ne sont pas en migration, les thons rouges doivent garder leur température corporelle aux alentours de 25°C. Et pour ce faire, ils ont besoin de s'alimenter toute la journée et de brûler de l'énergie provenant de poissons riches en matières grasses comme le hareng, la sardine ou le maquereau.
Durant ces trois premiers jours, nous avons pu constater qu'il y avait beaucoup de proies, mais malheureusement leur abondance fesait que les poissons restaient au fond et ne remontaient pas à la surface. Par conséquent nous avons décidé d'abandonner la pêche à la traîne temporairement. Nous pensions également que les conditions climatiques n'étaient pas encore favorables car les eaux chaudes de la dérive Nord-Atlantique n'étaient pas encore arrivées au large de l'Ecosse.
Il faut reconnaître que la pêche est un sport assez difficile lorsque l'on essaie de comprendre la situation dans son ensemble.
Nous avons pensé qu'il pouvait être utile d'expliquer clairement comment interpréter ces captures d'écran que nous avons pris jusqu'à aujourd'hui. Voici quelques explications pour vous aider à identifier un thon dès que vous en croiserez un !




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